Les sentences inquisitoriales en Toulousain au XIIIe siècle : un impact sur les élites à reconsidérer
Colloque hypertext link symbol Sentences et décisions judiciaires, du Moyen Âge à l’époque contemporaine
Auteur(s) : Cheirézy Céline
Durée : 18 minutes

Référence électronique : Cheirézy Céline, « Les sentences inquisitoriales en Toulousain au XIIIe siècle : un impact sur les élites à reconsidérer » [en ligne], 2011, disponible sur https://lir3s.u-bourgogne.fr/phonotheque/c-601, page consultée le 29/01/2026



Résumé de la communication

L’idée la plus fréquemment admise concernant les conséquences de la Croisade albigeoise et de l’action inquisitoriale est celle d’une décimation de la noblesse, à l’image de la parentèle des seigneurs de Laurac pour laquelle Louis de Santi parlait de véritable « désastre ». Cette idée fait partie de tout un courant régionaliste occitan, diffusé à travers des écrits du XIXe siècle et du début du XXe siècle.

Les travaux de certains historiens ont déjà permis de réviser cette thèse catastrophiste. Les recherches que j’ai menées dans le cadre d’une thèse de doctorat, à partir des registres d’inquisition et de sentences, confortent l’idée qu’il faut remettre en question la portée desdites sentences sur le devenir des élites (seigneurs, chevaliers, consuls, prud’hommes) en Toulousain.

L’étude de la nature des sentences inquisitoriales permet d’affirmer que ce sont plus des individus que l’Inquisition écarte de la vie sociale, en les enfermant ou en les privant de leur pouvoir seigneurial, que des parentèles entières : la plupart se maintiennent parmi les élites locales.

L’examen des peines légères (port de croix) mentionnées à travers les dépositions permet de dire que les seigneurs ne sont pas concernés par ce type de peines, en particulier quand leur attitude s’est révélée hautement condamnable. Les deux principales peines qui concernent les seigneurs sont l’emmurement et la confiscation de biens. L’emprisonnement temporaire semble minoritaire : la plupart des seigneurs reconnus coupables sont emprisonnés à vie, comme l’annoncent les sentences prises par les inquisiteurs Bernard de Caux et Jean de Saint-Pierre entre 1244 et 1248 à Toulouse. Ce sont surtout des seigneurs fonciers qui se trouvent pris dans les geôles inquisitoriales, la mesure s’accompagnant de leur dépossession au profit du comte. Même la peine du bûcher qui frappe quelques seigneurs ou membres de leur parentèle, en particulier les plus impliqués dans l’hérésie n’est pas nécessairement synonyme d’extinction de la parentèle.

Le maintien des parentèles parmi les élites locales se manifeste à travers l’exemple de la famille des plus grands seigneurs du Lauragais du début du XIIIe siècle : les Laurac. On peut parler à leur propos d’une forme de désagrégation de l’espace seigneurial, de nombreux lieux de pouvoir leur étant confisqués. Mais plutôt que de parler de « décimation », l’exemple de cette parentèle relève davantage d’une forme de déclassement. Toutefois, il ne s’agit pas véritablement d’un déclassement social, les Niort se maintenant comme nobles, mais d’une réduction en matière de pouvoir.

La disparition des hommes détenteurs du pouvoir, ainsi que l’érosion de leur patrimoine vont de pair avec une mobilité descendante de leur parentèle directe. L’appartenance à la noblesse reste, mais les moyens ne permettent plus de se distinguer parmi l’élite des gens d’armes, des combattants. Le nombre croissant de domicelli, titre désignant des fils de chevaliers sans armes, que les difficultés empêchent d’être adoubés, mais qui permet de marquer une supériorité sociale tenant à la naissance, renforce l’idée d’une crise, d’un appauvrissement des nobles lié selon Georges Duby à l’accroissement des dépenses au XIIIe siècle. En Lauragais, la perte des revenus découlant des confiscations de biens, la redistribution des pouvoirs au profit du comte à partir des années 1230-1240, la multiplication de la coseigneurie familiale réduisent les moyens financiers de chaque parentèle et donc les occasions d’intégrer l’élite chevaleresque.

Mais pour certains qui ont su s’attirer la sympathie ou la grâce princière, ou que la présence dans l’entourage princier a contribué à maintenir un niveau de fidélité et d’amour indéfectibles, le déclassement n’est que temporaire. Les pertes de revenus liées aux confiscations de biens peuvent donc être à l’origine d’un déclassement foncier mais pas toujours symbolique ni social des seigneurs. Ce d’autant plus qu’elles suscitent de multiples réactions, en particulier la lutte contre ce qui est vécu comme une usurpation. Certains mènent ainsi une politique de rachats, ce qui sous-entend que la sentence contre un parent n’a pas forcément eu pour conséquence une perte totale de revenus pour eux. Ils ont gardé les moyens de recouvrer leur patrimoine.

Ainsi, contrairement à la crise des lignages évoquée par certains historiens, on assiste au maintien de nombreuses parentèles seigneuriales malgré les confiscations. De plus, il semble que ce sont les petits seigneurs fonciers des anciens domaines Trencavel qui, ayant les biens les plus dispersés ou les moins nombreux, ont le plus de mal à se perpétuer.

Les sentences inquisitoriales en Toulousain au XIIIe siècle : un impact sur les élites à reconsidérer [durée : 18 min.], Cheirézy Céline





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