Projet Les autres lieux du politique Journée d’études organisée à Dijon (Université de Bourgogne) le 06/04/2005 Organisateur(s) : Centre(s) organisateur(s) : Centre Georges Chevrier-UMR CNRS uB 7366
Référence électronique : 2005, Manifestations sportives nationales et internationales - mises en scène politiques [en ligne], journée d’études, Dijon, Université de Bourgogne, disponible sur https://lir3s.u-bourgogne.fr/phonotheque/m-19, page consultée le 29/01/2026
Présentation de la manifestation
Lieux de rencontre intense de pratiques et de propagandes, les manifestations sportives constituent un objet intéressant pour l’analyse des articulations entre les champs du politique et du sport, à condition d’être étudiées non pas de manière isolée, mais dans une perspective comparative. C’est cette approche que privilégie le projet Manifestations sportives-mises en scène politiques. Prenant en considération soit deux courants (sportifs et/ou politiques) différents, soit deux espaces nationaux, les membres du projet investiguent l’agencement et l’impact de manifestations organisées aux XIXe et XXe siècles à l’intérieur des structures institutionnelles du sport, mais en dehors de celles du Comité international olympique.
La journée d’étude du 6 avril 2005 a pour objectif principal de présenter l’avancement des travaux effectués dans le cadre du projet et de donner, au fil des débats, les orientations définitives en vue d’une publication collective.
Cette étude des fêtes fédérales organisées entre 1870 et 1914 par le Deutscher TurnerBund dans l’Allemagne impériale et par l’Union des sociétés de gymnastique de France dans la France de la IIIe République a pour but de renouveler le regard porté sur ces manifestations gymniques, en prenant en compte les spécificités du nationalisme et les méandres de son histoire en Allemagne et en France, ainsi que les relations complexes que les mouvements nationalistes entretiennent avec les autorités.
Il s’agit de montrer que ce n’est pas simplement l’adhésion des gymnastes au nationalisme qui est mis en scène, mais également les différentes conceptions du nationalisme et les éventuelles tensions entre points de vue contradictoires.
Cette étude cherche à montrer l’influence des discours idéologiques et patriotiques dans la mise en scène des concours internationaux de sports d’hiver organisés par le Club alpin français chaque année en France entre 1907 et 1914. Nous tenterons ensuite d’engager une analyse comparative à partir de manifestations analogues organisées en Italie, en Suisse et en Allemagne. Les concours de sports d’hiver semblent se présenter à la fois comme un mode de transmission de valeurs « universalistes » et comme un moyen de différenciation idéologique. Cette perspective permet de comprendre comment le sport peut être une manière « euphémisée » de faire de la politique et de construire une réalité sociale.
Créée en 1917 sous le nom de Coupe Charles Simon, la Coupe de France devient et reste pendant tout l’entre-deux-guerres la compétition de football la plus populaire en France. La finale de l’épreuve est même présentée au début des années trente comme la « fête nationale du football français ». Ce 14 juillet du ballon rond a d’abord une fonction patriotique et mémorielle, puis devient rapidement une sorte de métaphore sportive du consensus républicain français en incarnant, par son système d’élimination et son esprit, les valeurs de la République, en particulier le modèle de réussite méritocratique. A travers les archives de la FFF, les publications d’époque et en comparant avec les compétitions étrangères, il s’agira d’analyser les rites, les fonctions et les significations de cette compétition appelée, comme la FA Cup, à inventer une tradition sportive.
La coupe internationale du C.V.P. est créée à la fin du XIXe siècle ; elle consiste en un défi qu’un club lance à d’autres sociétés nautiques étrangères. La coupe est, tour à tour, organisée par la France puis par l’Angleterre. Si les règles spécifiques à la régate sont imposées aux organisateurs, en revanche, ce qu’il y a « autour du sport » (organisation à terre, réceptions, expositions, conférences, etc.) diffère d’un pays à l’autre, mettant en évidence des enjeux spécifiques. Ainsi cette épreuve est indissociable de la vision politique et culturelle de ceux qui l’organisent ; elle offre des possibilités de jouer un rôle dans le nautisme et surtout dans la société.
Si le « pacte colonial » impose l’unilatéralité des relations entre la métropole et les colonies, lors des Jeux coloniaux les populations indigènes ont l’occasion d’inverser le regard qui est porté sur eux, de détourner ou de se réapproprier ces événements. Au-delà des rivalités mises en scènes par les puissances coloniales, s’opposant sur les terrains de sport par leurs indigènes interposés, ces événements constituent dans un univers colonial clos des espaces de liberté.
A partir de la conférence afro-asiatique de Bandoeng en 1955 – et l’émergence du tiers-monde –, progressivement, ces événements passent de l’affirmation de la domination coloniale à un idéal d’universalisme et de la fraternité entre les peuples. On a changé d’époque et de type de « relations » et les nouveaux Jeux Africains, par exemple, se situent entre le mimétisme et la construction des identités morcelées. En post-colonie, le sport sert à la fois d’instrument de la construction de la nation et d’émancipation
Notre travail suivra l’évolution de ces manifestations sportives après les indépendances (aspects de continuités et de ruptures), où les ex-colonies sont coincées, dans l’espace géopolitique international, entre la perpétuation du Pacte colonial et l’autonomisation. Nous évoquerons, dans une étude comparative des Jeux du Commonwealth et ceux de l’espace Francophone.
On observera comment ces événements sont perçus (de l’immédiat après seconde Guerre Mondiale jusqu’à la fin des années 1960) par les opinions publiques en métropole et dans les colonies. Et selon le mot d’Odile Goerg « démasquer, derrière les apparences, les langages des pouvoirs et leurs codes », tel pourrait être le résumé de l’ensemble de la problématique.
En 1941 et 1942, Vichy organise deux manifestations sportives conçues autour de rencontres, dans différentes disciplines, d’équipes issues des territoires du Maghreb français et d’équipe issues de la métropole. Ces deux manifestations, qui s’inscrivent dans l’intense propagande coloniale déployée par le régime, représentent un enjeu politique et idéologique capital : affirmer la pleine souveraineté de Vichy sur son Empire et faire la démonstration, face aussi bien à l’Allemagne qu’à la France libre, de sa puissance.
Nous analyserons dans cette communication d’une part les différents moyens de propagande qui sont mobilisés par le régime pour préparer ces manifestations, d’autre part les dispositifs symboliques mises en scène lors des rencontres sportives, qui autorisent la formulation du message politique impérial et sportif du régime.
L’investissement des gouvernements dans le sport est marqué en Italie fasciste et en Allemagne nazie par une utilisation progressive, mais consciente, des manifestations sportives dans un but politique. Les équipements dans lesquels se déroulent ces manifestations sportives sont construits afin de mettre en scène la communion totalitaire du régime et d’illustrer sa capacité organisationnelle. La Coupe du monde de football de 1934 et les Jeux olympiques de 1936 constituent les exemples les plus frappants de l’entre-deux-guerres.
L’organisation concrète des rencontres donne surtout un souffle important aux mythes. Le sport joue un rôle social important dans la mesure où il donne à voir le « nouvel Homme » qui hante l’imaginaire des fascistes et des nazis. Dans les faits, la mise en scène des mythes par le sport sert à la consolidation du consensus idéologique. Les manifestations sportives orchestrent la soumission des populations à l’idéologie totalitaire.
L’Olympiade populaire devait se dérouler à Barcelone en juillet 1936, sous l’égide du Comité catalan pour le sport populaire. Avorté en raison de l’éclatement de la Guerre civile espagnole, ce projet rassemblait divers mouvements de la gauche et se situait à la fois dans la campagne internationale contre la tenue des Jeux olympiques à Berlin et dans le processus de consolidation du Front populaire. Ses organisateurs se présentaient comme les défenseurs légitimes de « l’idée olympique » tout en renvoyant au nationalisme catalan et à l’internationalisme prolétarien. A partir de sources en provenance de Moscou, Paris et Barcelone, nous tenterons de déchiffrer les sens de ce projet, avant d’établir une comparaison avec les contenus des Jeux olympiques officiels.
En 1937, à Anvers (Belgique), l’Union internationale d’éducation physique et sportive du travail, ou Internationale sportive de Lucerne, met en place des olympiades ouvrières. Un an plus tard, à Ljubljana (Yougoslavie), l’Union internationale des œuvres catholiques d’éducation physique organise également une manifestation sportive de niveau international. La communication propose de décrire l’état d’avancement de recherches visant la comparaison de ces deux événements dans le contexte particulier de la fin des années 1930.