Projet Histoire du mouvement ouvrier Séminaire organisé à Dijon (Université de Bourgogne) le 30/03/2005 Organisateur(s) : Wolikow Serge Centre(s) organisateur(s) : Centre Georges Chevrier-UMR CNRS uB 7366
Référence électronique : Wolikow Serge (organisateurs), 2005, Les nouveaux champs de syndicalisation : le cas du syndicalisme des retraités en France et en Europe [en ligne], séminaire, Dijon, Université de Bourgogne, disponible sur https://lir3s.u-bourgogne.fr/phonotheque/m-18, page consultée le 29/01/2026
Présentation de la manifestation
Dans les grands pays européens, la tendance est au vieillissement de la population. Le salariat âgé devient un groupe qui s’étoffe au fil des années. Les organisations syndicales ont pris conscience depuis de nombreuses années de ce processus. Les principales organisations confédérées ont créé des UCR (Union confédérale des retraités) afin d’organiser leurs anciens syndiqués. Par ailleurs, plus récemment, des associations à vocation revendicative se sont développées, en lien avec les politiques publiques en faveur du troisième âge. La question de la réforme des retraites, récemment, a été l’occasion d’affrontements entre les UCR et les associations. Cette journée d’étude se fixe comme objectif de présenter les enjeux de l’organisation des retraités et d’en discuter les perspectives.
Pour avoir été longtemps ignoré par les sciences sociales, l’engagement syndical en retraite constitue un domaine quasi vierge de toute investigation sociologique, alors que la cessation de l’activité professionnelle ne coiëncide plus nécessairement avec celle de l’activité syndicale. S’appuyant sur une enquête exploratoire réalisée en 2004 à partir des récits de vie d’un groupe « témoin » de « militants organisationnels » de l’USR CGT 44 (corpus d’une douzaine d’entretiens) et d’observations, cette communication propose quelques pistes d’analyse de la continuité de l’engagement syndical en retraite et de cette forme particulière de participation sociale à la retraite qu’est la « retraite syndicale », à partir d’une approche articulant sociologie des « carrières syndicales » et sociologie des « situations de retraite ». Considérant que le syndicalisme retraité constitue un domaine de recherche « mitoyen » à la sociologie du syndicalisme et de l’engagement et à celle de la vieillesse et des formes de vie sociale à la retraite, l’analyse déployée emprunte à ces deux approches leurs outillages conceptuels.
Les droits sociaux issus de la société industrielle, en ordonnant des formes socialisées de répartition des richesses à partir du travail ont créé de vastes catégories d’intérêts parmi lesquels figurent aujourd’hui plus de 11 millions de retraités en France. Dans l’interrogation que pose l’évolution des systèmes bismarkien et beveridgien actuellement, l’apparition de tensions entre les organisations syndicales et non syndicales semble assez significative des mutations dans les modes d’articulation entre les représentants des intérêts sociaux et les décideurs qui gèrent le système de répartition et administrent les solidarités. Ainsi, la centralité du monde du travail consacrée dans l’organisation de la sécurité sociale en France est-elle malmenée aujourd’hui par l’affirmation d’une volonté d’acteurs extérieurs au monde du travail (chômeurs, retraités) de participer aux processus décisionnel sur les différents axes de la politique sociale. Les organisations non syndicales de retraités souhaitent ainsi participer aux processus de décision en matière de politique de la vieillesse et revendiquent ainsi un droit de regard sur la sécurité sociale. Le chercheur s’interroge sur l’émergence de ce nouvel acteur face aux protagonistes traditionnels de la représentation sociale et politique en mal de légitimité (partis et syndicats notamment) et retrouve ici également un débat pluriséculaire sur l’âge et le pouvoir. Mais il s’agit aussi dans une double détente d’interroger les nouveaux modèles d’intégration ou d’exclusion dans les espaces de décision de la société contemporaine...
Alors que l’existence de structures syndicales de représentation des travailleurs retraités liées aux confédérations syndicales nationales n’est pas un fait très homogène en Europe, une organisation syndicale européenne particulière, la FERPA (Fédération européenne des retraités et des personnes âgées), s’est constituée en 1993, faisant le pari d’assurer la représentation de ses affiliés, soit plus de 8 millions de travailleurs retraités, auprès des pouvoirs politiques européens (Union européenne et Conseil de l’Europe).Pourtant, la reconnaissance de la FERPA en tant que syndicat à part entière est loin d’être simple. Si elle se heurte à une Commission européenne peu prompte à lui accorder un statut d’interlocuteur privilégié, en tant qu’organisation syndicale représentative, il n’est non plus pas simple pour elle d’obtenir ce type de reconnaissance à l’intérieur même de la Confédération européenne des syndicats (CES) à laquelle elle est statutairement liée. C’est ce deuxième problème de légitimation que nous examinerons plus en profondeur en faisant ressortir l’enjeu du conflit : la définition même de ce qu’est le syndicalisme et de ce qu’est un travailleur.